Quand j’étais gosse, j’adorais me poser des heures entières sur le canapé avec ma grand-mère pour inventer des histoires. Enfin, “inventer” était un bien grand mot ; je m’asseyais à côté d’elle, les petits yeux brillants, et ma grand-mère se lançait dans une “histoire de Toto” – pas une de ces blagues à la con, nop, mais une espèce de comptine merveilleuse où le protagoniste s’appelait tout simplement comme ça. Ce serait un euphémisme de dire que j’adorais Toto. Aussitôt débarqué chez ma grand-mère que je la harcelais pour obtenir une histoire, et quand elle se lançait là-dedans, je m’assurais à l’aide de moult jérémiades qu’elle ne s’arrête pas avant que j’arrive à satiété, ce qui pouvait durer assez longtemps. Je la relançais régulièrement avec des “et qu’est-ce qui se passe après ?” ou des “et si on disait qu’il se passait machin truc ?” et pof, ma grand-mère brodait à partir de ça. En fait, à bien y réfléchir, ma grand-mère, c’était mon premier MJ.

AiDungeon 2, c’est donc pour moi une putain de madeleine de Proust, celle qui me ramène à Villers-Cotterêts, sur les genoux de ma grand-mère, quand j’avais à peine cinq ou six balais. Il s’agit d’un jeu d’aventure textuelle un peu particulier puisqu’il est nourri à l’Intelligence Artificielle (enfin, presque, faut dire qu’on utilise le terme IA pour tout et n’importe quoi, mais c’est pas le sujet). Son créateur, Nick Walton, l’a développé en Python (le soft est donc assez gourmand) et s’est aidé d’OpenAI pour entraîner son algorithme sur tout un tas de textes, dont des Livres dont vous êtes le héros.

Le résultat est assez bluffant : en partant d’un contexte initial (le soft vous en propose plusieurs, ou alors vous pouvez l’inventer de A à Z), l’IA vous raconte ce qu’il se passe en tirant parti des informations que vous avez inventées, puis vous indiquez à l’IA ce que vous souhaitez faire ou ce qu’il se passe ensuite, et roule ma poule. De fil en aiguille, on obtient une histoire un tantinet loufoque – l’IA n’est pas super bien calibrée encore, mais il existe des astuces pour y remédier, on verra ça juste après.

Je suis persuadé qu’on verra débouler de plus en plus de produits de ce genre d’ici les années à venir : AiDungeon 2, bien qu’imparfait et aussi lourd à exécuter qu’un super-programme de la NASA, permet d’entrevoir les possibilités narratives qu’offre une IA dopée au machine learning. Vous verrez, dans 40 ans, les gens feront leurs propres films où ils seront les héros, et ils joueront à des trucs taillés selon leurs propres goûts. Enfin, si on crève pas tous avant à cause du réchauffement climatique.

Se lancer dans AiDungeon 2

Je l’ai dit précédemment, le truc est pour l’heure plus qu’un prototype qu’autre chose, mais on s’y amuse quand même follement. Oubliez l’idée d’une session de trois ou quatre heures de jeu avec votre MJ artificiel : ça plante assez régulièrement, et l’IA commence à délirer quand vous entamez une histoire trop longue.

Cependant, en cintrant l’IA au maximum, vous serez capable de pondre en sa compagnie des petites histoires qui vous arracheront un sourire, sinon des rires aux éclats.

  1. Commencez par vous rendre chez Google, où se trouve AiDungeon 2 (si vous souhaitez voir le site officiel, c’est par ici).
  2. A partir de là, vous avez deux possibilités : soit télécharger le torrent pour jouer en offline, soit jouer dans votre navigateur. Je vous conseille fortement la deuxième option, il faut avoir une machine de guerre pour le faire tourner en offline (au minimum une 2080 gtx avec 12 gigas de RAM, rien que ça).
  3. Pour le lancer rapidement dans votre navigateur, allez dans l’onglet “Exécuter”, puis “Tout exécuter”, ou utilisez le raccourci CTRL + F9.
  4. Attendez patiemment que le truc se charge, ça peut durer quelques minutes. Lorsque ce sera prêt, vous aurez un beau titre en ASCII vous invitant à créer ou charger une nouvelle partie.

Trucs et astuces pour AiDungeon 2

Je vous les cale en vrac :

  • D’abord, quelques idées de synopsis pour des aventures personnalisées (custom).
  • On y trouve aussi des conseils, ainsi qu’un rappel sur les limites de l’IA. On y apprend qu’elle a une mémoire limitée, et qu’elle ne conserve au cours de votre session de jeu que le synopsis ainsi que les vingt entrées les plus récentes. Il est donc important de privilégier les histoires courtes, et de savoir vous arrêter au bout d’un moment. Plus ça tire en longueur, plus l’IA raconte n’importe quoi. Elle peut même commencer à boucler.
  • Pour pallier à ce problème, deux astuces : rappelez régulièrement à l’IA ce qu’il s’est passé précédemment, et précisez au maximum ce que vous effectuez comme action. Ainsi vous n’écrirez pas : “prendre l’épée du sorcier“, mais plutôt “prendre l’épée du sorcier Zarok dont le cadavre est situé dans les décombres du château de Barakazam“. Vous verrez, l’IA sera tout de suite beaucoup plus cohérente !
  • Autre conseil : l’IA n’est pas vraiment un MJ en réalité, il s’agit plutôt d’un partenaire avec qui vous composez une histoire. En gardant ça à l’esprit, vous comprendrez mieux certaines subtilités du soft ; par exemple, l’IA vous laisse parfois dire ce que fait ou raconte tel personnage, et ce sera à vous de lui proposer un truc.
  • En parlant de dialogue, il est préférable de mettre les discours directs entre guillemets. Si vous souhaitez parler, écrivez comme ceci : dire “monsieur l’elfe, je veux ce chapeau !”
  • Il est préférable de ne pas poser de questions directes à l’IA, sinon elle peut faire n’imp. Donc, plutôt que de dire “Où est le château Jack ?”, vous écrirez : demander à Jack où se trouve le château de Licornia.
  • Vous réussissez toujours vos actions lorsque vous dites à l’IA ce qu’il se passe. Néanmoins, si vous voulez inclure un peu de suspense, utilisez des termes comme “essayer” : essayer de décapiter le troll avec votre épée.
  • Si l’IA se met à boucler ou craque complètement, vous pouvez essayer de la remettre dans le droit chemin en écrivant un long paragraphe sur ce qu’il s’est passé jusqu’à maintenant.
  • Si vous êtes déconnecté par le jeu (ça arrive fréquemment), reconnectez-vous à l’aide de l’option afférente en haut à droite. Si ça ne fonctionne pas (ça arrive aussi), relancez tout le bouzin via “Exécution” / “Redémarrer et tout exécuter”, ça relancera complètement le soft.
  • Si vous êtes un gros nul en anglais et que vous souhaitez tout de même en profiter, rappelez-vous qu’il existe DeepL pour vous aider.

Voilà qui devrait vous aider à bien vous lancer dans AiDungeon 2 ; pas impossible qu’une rubrique apparaisse prochainement ici pour compiler les aventures ubuesques que je m’enquille de temps en temps.

Tiens, oui. En voilà une bonne idée.