Je me sens obligé de commencer par un petit disclaimer : je ne suis pas un fan inconditionnel de Sam Raimi, je n’ai vu qu’un seul Evil Dead (l’original hein, pas le remake) et cette époque remonte à… pfiou, oui, putain de loin, donc je m’en souviens par bribes éparses. J’en avais néanmoins gardé un bon souvenir, un espèce de film d’horreur à trois francs six sous aussi kitsch que débile, et dieu sait que j’adore les films d’horreur idiots des années 80 bricolés avec à peine 100 balles de budget.

Ceci étant, j’ai mis un certain temps avant de me fader la série sur Netflix. Comme n’importe quel netflixer décérébré, j’ajoute des trucs en liste d’envie pour les regarder en période de disette, genre quand t’as fini ta série du moment, que le trouzième épisode de X-Files te saoule et que tu n’as pas le cœur à poursuivre ta lecture de Voyage avec Charley (attention, ne vous méprenez pas chers amis, ce bouquin est très bien). Arrive donc un soir où tu t’ennuies. Tu consultes tes machins ajoutés en liste d’envie, et ô, miracle, tu redécouvres la saison 01 de Ash vs Evil Dead. Que 10 épisodes ? Parfait. Seulement 30 minutes pour chacun d’eux ? Génial, dans le pire des cas t’auras foutu en l’air quelques heures de ta vie.

Direction canapé, couverture, boîte de chocolats et chat sur les genoux, et en avant Rantanplan.

Une intrigue à tiroirs à la GoT…

Nan, je déconne, y’a pas plus con simple que l’intrigue d’Ash vs Evil Dead : trente ans après les événements du premier film (Evil Dead, merci de suivre), on retrouve Ash, le protagoniste, les tempes grisâtres et le bide un poil bedonnant. Aussi looser qu’alcoolique, Ash correspond à l’archétype de l’anti-héros : il a raccroché sa tronçonneuse il y a belle lurette pour vivre dans une caravane miteuse et bosser la journée comme vendeur dans un magasin de pacotille. Incident déclencheur du premier épisode (et donc de la saison 01) : complètement cramé à l’herbe, Ash ouvre le Necronomicon dans sa caravane pour en déclamer un passage à une nana, ce qui permet aux démons de revenir sur Terre. S’ensuivent des épisodes construits sur un schéma simple : Ash et sa bande de potes cherchent des réponses pour réexpédier les démons en Enfer -> big problème / antagoniste en cours de route -> conflit résolu à l’aide de quelques coups de tronçonneuse dans un combat final sanglant.

Ouais, clairement, on est pas là pour se prendre la tête, Ash vs Evil Dead s’inscrit dans la droite lignée de l’univers original : quelques punchlines bien senties, de la baston, des cadavéreux et des hectolitres de sang à tour de bras, le rythme de la série est mené tambour-battant (le choix des 30 minutes n’y est pas étranger) et il faudrait vraiment être insensible au charme de chairs en putréfaction pour ne pas voir le temps passer. Ça tombe bien, on en demande pas plus à la série : tel un cadavre ressuscité par des forces démoniaques, on débranche son cerveau et on savoure ce trip halluciné sans regimber. Et même si la structure des épisodes est calquée à l’identique de l’un à l’autre, Ash vs Evil Dead a le bon goût de varier les lieux et les situations pour éviter qu’on ne s’endorme comme une merde. En gros, ça passe bien, c’est correct, même si on aurait p’têt voulu voir un ou deux épisodes qui tranchent avec les autres.

Je me dois également de saluer l’humour potache mais toujours juste : ça ne tombe jamais dans le pipi-caca infantile pas plus que dans le cul-sexe-cuir outrancier, et vu les personnages bien barrés, ce n’était pas forcément gagné d’avance. Alors attention hein, vous allez pas vous marrer comme des débiles, loin de là. Vous allez souvent pouffer du nez et vous autoriser quelques rires légers, mais c’est loin d’être la grande marrade ; perso, il n’y a eu qu’un seul moment où j’ai vraiment ri comme un couillon, c’est lorsque Ash découpe son jumeau maléfique sur Just the two of us (attention spoiler ! Oups, trop tard. Désolé). On me rétorquera que ce n’est pas censé non plus être une comédie, et vous aurez raison, l’essentiel étant de passer du bon temps.

… Avec quelques ratés

Ok, les épisodes sont simples, les personnages clichés (mais justes aussi, donc ça passe, on y reviendra plus loin), les intrigues à tiroir téléphonées, il y a 0 surprise dans l’enchaînement des séquences (sauf la fin de la saison 01 que je n’avais pas vu venir, je l’avoue, mais qui est tellement raccord avec cet enfoiré de Ash), ce n’est toutefois pas une raison pour chier dans la colle de temps en temps.

Quand ce ne sont pas des incohérences qu’on relève ici et là :

  • Dans l’épisode 8, Pablo et Kelly sont paumés dans la pampa et sont visiblement incapables de retrouver leur chemin dans la forêt ; ils doivent néanmoins raccompagner trois jeunes vers la sortie quelques instants plus tard.
  • L’invocation du démon dans l’épisode 3, où l’objectif pour Ash est d’obtenir des réponses. On peine à justifier cet acte complètement con et qui n’est qu’un prétexte pour générer du conflit.
  • Le comportement étrange de Kelly dans les épisodes 4 / 5 qui devrait mettre la puce à l’oreille de tout le monde. Cependant, quand vient le moment de trouver un coupable, c’est forcément Ash.
  • Etc, je vais pas me fader un relevé exhaustif hein.

Ce sont carrément des maladresses d’écriture, notamment avec le personnage d’Amanda qui est, hélas, bien foiré dans son traitement. Jusque-là présentée comme un antagoniste, elle s’amourache en deux temps trois mouvements de Ash pour crever comme une merde dans l’épisode 8. Ça sonne faux, ce n’est pas crédible et l’on n’y croit pas une seconde, autant lui donner un rôle d’antagoniste jusqu’à la fin.

Les deux potes de Ash, Pablo et Kelly, font le job dans leur rôle de soutien. Le premier n’échappe pas au cliché du compagnon gentil, attachant et volontaire (qui nourrit des sentiments cachés pour Kelly, of course, histoire d’introduire une petite relation amoureuse inédite), avec en prime un authentique oncle mexicain chaman, l’autre correspond à la femme-forte néo moderne sans peur et sans reproches telle qu’on doit la représenter depuis quelques années (et d’autant plus depuis el amigo Weinstein). Les stéréotypes et autres poncifs sont néanmoins assumés, donc c’est marrant.

En avant pour la saison 2 d’Ash vs Evil Dead

Techniquement ça fait le taf, les couleurs un peu flashy renforcent le côté gore et kitsh de la série pour lui conférer une identité propre. Les effets spéciaux à grands renforts de faux sang et de maquillage tiennent eux aussi la route malgré quelques ratés évidents (matez la fin de l’épisode 1 quand Ash tronçonne la tête de sa voisine, c’est dégueulasse, et pas dans le bon sens du terme). Les sidekicks sont justes et on voit par ailleurs que Bruce Campbell – Ash – a pris un pied infernal à jouer / retrouver son personnage – rien que ça, ça vaut le détour.

Du coup, je pense qu’on va embrayer direct sur la saison 2. En attendant, je viens de commander une tronçonneuse sur Amazon.

On ne sait jamais.