Des actions absurdes, des personnages qui se téléportent, des deus ex machina à la pelle… Non, je ne parle pas du dernier Avengers mais bien de Game of Thrones, et plus particulièrement de l’épisode 03 de la saison 08, la fameuse bataille de Winterfell. Comme je suis un vieux con désabusé (même si bon public pour GoT, hélas), j’avais envie de réagir à chaud sur les trucs invraisemblables de cet épisode qui m’ont sauté aux yeux. Rassurez-vous, je ne vais pas me lancer dans une analyse exhaustive, ce billet ne sera donc pas très long. C’est juste histoire de remettre deux ou trois trucs en perspective et de sortir de l’hystérie ambiante du type : “wo putain épisode de ouf j’ai sué tout du long“.

L’enthousiasme tranquille

Dieu sait que je l’ai pourtant attendu cet épisode, j’étais même chaud bouillant tout le long de la semaine précédente. La hype est montée d’un cran quand j’ai lancé le schmilblick ; foutrepute, ça allait être génial, une bonne grosse bataille épique style Gouffre de Helm avec une moisson de personnages qui allaient crever la gueule ouverte face au déferlement des blancs.

Ma première impression, c’est que tout ça était drôlement noir. Obligé de faire pause au bout de cinq minutes pour monter la luminosité de la télé, mais bon, c’est un menu détail accessoire au vu du reste.

Je me remets dans l’épisode avec une excitation turgescente. Des trucs me font tiquer et me bousillent un peu ma suspension d’incrédulité, mais qu’importe, j’arrive à me remettre en selle sans problème. La bataille se passe, je m’interloque de temps à autre genre ouat zeu phoque, je vibre sans vibrer. L’épisode se termine. Et je m’interroge. Qu’est-ce qui cloche là-dedans ?

L’écriture facile

Ben mes cocos, y’a un paquet de trucs qui clochent. Je vais même vous livrer mon sentiment dès maintenant sur la question : je crois que les scénaristes ont profité de notre sympathie envers les personnages pour faire passer tout et n’importe quoi. En gros, ils ont abusé de nos bons sentiments (et du fait qu’il s’agisse de la dernière saison) pour chier dans la colle.

J’ai vu ici et là pas mal de réactions enthousiastes, et les rares gens chiants comme moi se sont fait refouler à base de “oui mais tg t’as rien compris c’est magique“. Entre les explications moisies et les démonstrations abracadabrantesques pour justifier le naufrage de l’écriture, c’est parfois compliqué de discuter sereinement sans s’arracher les cheveux face à tant de mauvaise foi.

On pourra dire ce qu’on voudra et se couvrir le visage comme les trois singes de la sagesse, il n’empêche que cet épisode cède à d’importantes facilités d’écriture (comme pas mal d’autres épisodes de GoT, oui, je sais) ; de toute façon, pourquoi se faire chier quand la plupart des gens sont contents ?

Commençons en vrac par les trucs débiles :

  • La bataille à l’extérieur des murs de la forteresse. Tout le monde sait que les marcheurs blancs sont très nombreux, mais qu’importe, ils sortent quand même les affronter en face, de nuit, sans aucune torche, comme de vrais bonhommes. Le bon sens voudrait qu’ils attendent sagement derrière les murs et essaient de les repousser, comme dans n’importe quel siège en fait ; on ne sort que quand on dispose d’un avantage sur l’ennemi. Là, c’est juste du suicide. Les mecs ont néanmoins dû penser qu’il fallait cette séquence pour zigouiller quelques PNJ et faire monter la tension.
  • La charge dothraki. Que… Quoi ? Hein ? Mais pourquoi ? A quel moment ils se sont dit que c’était une bonne idée de lancer une charge de cavalerie dans le noir le plus complet ? Ok, c’est joli toutes ces torches qui s’éteignent à l’horizon, ça fait monter la tension, mais putain, il faut une justification quoi.
  • Le refuge dans la crypte. Les scénaristes avaient insisté si lourdement qu’on avait bien compris qu’il allait se passer un truc dedans au dernier épisode. Le bon sens aurait voulu que les non-combattants partent de Winterfell pour le sud, histoire de leur laisser une chance, mais non, autant concentrer tous les gens au même endroit, comme ça si les hommes libres perdent, tout le monde crève, logique.
  • Tarly qui passe son temps à chouiner. Un putain de miracle qu’il soit encore en vie.
  • La balade en dragon qui dure trois plombes. On imagine que Jon et Daenerys cherchent le Roi de la Nuit, mais en attendant, ils pouvaient filer un coup de main aux mecs au sol.
  • Le passage de la bibliothèque, qui met en scène une Arya limite terrifiée alors qu’elle trucidait du marcheur blanc par paquet de douze dix minutes auparavant. Sans compter le silence total dans les lieux, alors qu’un tas de mecs se battent dehors (oui, je sais, tension dramatique, toussa, mais ça n’empêche qu’on peut foutre un minimum de vraisemblance).
  • Dondarrion, qui parvient à se taper un formidable sprint pour rejoindre Arya et le Limier malgré un poignardage en règle par une dizaine de marcheurs.
  • Le Roi de la Nuit insensible au feu du dragon. Là, il y a un truc qui m’échappe. Je suis sûr qu’il y a une excellence justification hormis celle de faire monter la sauce (et celle de tg c’est magique).
  • Les héros qui accomplissent un véritable carnage, que dis-je, un génocide de marcheurs blancs, et tout ça en étant à peine essoufflés. Mention spéciale à Brienne et Jaime. Théon n’est pas en reste non plus.
  • Le champ de bataille curieusement vide quand Jon se précipite vers le Roi de la Nuit. Où est passée l’armée de milliers de morts ? Z’ont pas pu tous rentrer dans Winterfell.
  • Où sont les géants de glace ? On est pas des jambons, on a vu que le Roi de la Nuit en avait plusieurs.
  • La mort débile de Théon, qui attendait visiblement l’aval de Bran pour se suicider contre le Roi de la Nuit. On avait bien compris qu’il n’était uniquement là que pour se faire zigouiller (et racheter ses péchés, mais ça c’est un autre débat).
  • Le Roi de la Nuit qui prend tout son temps pour trucider Bran, comme n’importe quel grand méchant, comme d’hab.

Et maintenant, les deus ex machina outranciers :

  • Mélisandre (la dame rouge), qu’on avait plus ou moins oubliée, et qui débarque de nulle part pour faire flamber les armes des dothrakis.
  • Mormont qui traverse la moitié du champ de bataille pour aller sauver Daenerys. Bah tiens, mais bien sûr. Il fallait bien ça pour qu’il crève dans ses bras. Et je ne parle même pas de sa survie improbable lors de la charge de cavalerie.
  • Arya qui saute d’on ne sait où pour déglinguer le Roi de la Nuit. Celui-là, c’est le meilleur. Je veux bien qu’elle soit discrète et tout et tout, mais y’avait une sacrée trotte à parcourir pour arriver jusqu’au Roi de la Nuit (et je ne parle même pas de la petite brise qui balaie les cheveux du marcheur blanc, genre Arya c’est Flash Gordon). Je ne vois pas comment on peut faire tenir cette scène de façon plausible. Je suis persuadé que les scénaristes trouvaient la scène cool (et elle l’est, en effet), du coup ils l’ont rentrée au forceps en mode osef.

Tout ça n’est pas exhaustif, j’ai dû en oublier, mais la liste est déjà conséquente.

La paresse légère

Ce qui me fait le plus chier dans tout ça, c’est que la plupart de ces points sont facilement traitables. Quelques exemples en vrac également :

  • Les dothrakis : c’était pas compliqué, les dothrakis ont l’air plutôt indisciplinés, suffisait que y’en ait deux ou trois qui crânent un peu et exhortent les autres à partir à l’assaut, et c’était plié. Rien ne nous le montre ici hormis quelques cris de zouave.
  • La balade en dragon : suffisait que Jon hurle un “tu le vois ?” à Dany pour qu’on pige qu’ils cherchent le Roi de la Nuit. Là en l’état, je me suis sérieusement demandé pendant une minute s’ils ne faisaient pas une petite balade tranquilou dans les airs.
  • Dondarrion : au lieu de faire barrage de son corps, il continue de fracasser les marcheurs blancs du mieux qu’il peut et rejoint nos deux zigotos clopin-clopant, les marcheurs sur ses trousses.
  • Jaime et Brienne : leur accorder une minute pour qu’on les voit organiser les troupes ou mettre en oeuvre des tactiques, des pièges, j’en sais rien, c’était pas du luxe, en plus de leur accorder leur moment de gloire autre que “ils se battent comme dix mille hommes“.
  • Théon, qui aurait pu être salement amoché, et qui, dans un dernier élan de courage, sur les mots de Bran, en Boromir-style, s’élance contre le Roi de la Nuit.

Tout ça me fait dire que les scénaristes ont commis un sale péché pour cet épisode, celui de paresse, et qu’ils rôtiront en enfer pour ce forfait.

Bon, malgré tout, je suis curieux de voir ce qu’ils ont pondu pour la semaine prochaine. Ça se trouve, ce sera encore pire.