Chers lecteurs, rappelez-vous : nous avons au dernier épisode connu mille et un rebondissements rocambolesques dans cet impitoyable parcours du combattant qu’est la publication de son oeuvre chez un éditeur. Au milieu des réponses préformatées, des codes promos et des refus aussi secs que l’entrecuisse d’une nonne octogénaire se cachaient des îlots d’espoir qui, s’ils ne nous permettaient pas de toucher au Sein des seins, étaient à leur manière fichtrement encourageatoires.

En résumé, je me suis fais téj’ de partout comme un malpropre.

Ce formidable thriller qu’est Desperado a-t-il depuis trouvé preneur ? Réponse ici dans ce deuxième et dernier billet ma foi plutôt laconique.

Gang-bang des réponses d’éditeurs, volume 2

Pour tout vous dire, je suis bien emmerdé. Le précédent billet était teeeellement prolifique et je n’ai teeeellement pas reçu de nouvelles réponses que l’on ne va pas tarder à s’ennuyer comme des rats crevés dans le coin. Je vais être contraint de faire moult cabrioles et de raconter d’innombrables connasseries pour éviter que vous ne vous décrochiez la mâchoire. Mais, comme le disait mon arrière-arrière grand-mère Eugénie du Piteau-Boisé… Oui, non, en fait on s’en tape.

Bon, où en étions-nous ? Aux éditions du Lamantin, oui, c’est vrai. C’est qu’il faut que je farfouille dans ma boîte mail pour retrouver mes brebis égarées.

On commence donc par du très classique avec les éditions Plumes Solidaires :

Bonjour,

Votre manuscrit a bien été reçu, bien que vous n’ayez pas reçu de confirmation à cause de cette période d’appels à manuscrits très chargée.

Toutefois, et ce malgré un potentiel certain, il n’a malheureusement pas retenu l’attention du comité pour une publication dans l’une de nos collections.

Nous vous remercions encore de la confiance que vous nous avez accordée en sous soumettant votre texte, et vous souhaitons du courage dans votre recherche d’éditeur,

Une excellente journée à vous, et en espérant vous relire sur un autre texte,

Cordialement,

Le Comité Lecture

Je sais, je sais, encore une réponse-type aussi originale qu’un film de Woody Allen, MAIS, cela dit, ça passe plutôt bien : c’est simple, c’est poli, et ça n’essaie pas de vous corrompre à coups de code promo (oui, j’éprouve une haine glaciale pour ces merdes, c’est bien de l’avoir remarqué).

Booon, j’espère que ça vous a plu car on a quasiment fait le tour. “Parbleu, déjà !” Vous exclamatais-je. “Eh oui, déjà !” Vous répondis-je. Quand je vous disais que je n’ai presque rien reçu depuis tout ce temps… Cela dit, je ne crois pas attendre grand chose de plus, les principaux intéressés se sont déjà prononcés sur notre ami Desperado.

Il me reste toutefois une maison d’édition dans ma besace – et il s’agit même là de ma plus grande déception, vous comprendrez vite pourquoi – j’ai nommé les Editions de l’épée !

Back to the future, en mars 2017, quand je dispatchais mes envois de manuscrits à droite et à gauche. Nos amis de l’épée faisaient parti de la première salve, mais je n’ai eu de réponse qu’en août de cette même année (soit cinq mois après, quand je vous disais qu’il fallait être la patience désincarnée). Comme d’hab, je m’attends à un refus, mais en fait non, pas encore :

Bonjour,

Veuillez excuser mon retard dans la lecture des manuscrits.

Afin de me faciliter la lecture du votre, pouvez-vous me le faire parvenir au format Word s’il vous plait ?

Bien cordialement.

D’Artagnan.

Pas de problème d’Artagnan, je t’excuse pour ton retard – avec un délai de cinq mois dans les dents, je suppose que tu as une pile de manuscrits absolument dégueulasse à te fader tous les jours, donc paix et amour sur toi.

Comme notre cher Desperado a encore une petite chance, je m’exécute prestement et renvoie mon machin au bon format :

Bonjour,

Pas de problèmes, j’imagine que vous avez des kilomètres de manuscrits à lire.

Ci-joint le mien au format Word.

Très bonne journée,

Alejandro del Blanco.

Vous constaterez ici ma piètre tentative de connivence, genre “je sais ce que vous endurez cher collègue mousquetaire” alors que non, pas du tout, je n’ai jamais goûté au bonheur de lire des textes insipides toute la sainte journée.

S’écoule un petit mois, nouveau mail en octobre 2017. Je m’apprête à le transférer dans mon dossier “Refus :(” mais NON QUE DIABLE :

Bonjour Monsieur Leblanc,

J’ai enfin lu votre manuscrit, avez-vous signé chez une autre maison d’édition pour ce manuscrit ou un autre ?

Pouvez-vous également me joindre une courte biographie.

Votre livre m’a plu, il est actuellement entre les mains de Richelieu, je vous tiens informé dès que j’ai son retour.

Bien cordialement.

D’Artagnan

HOLY SHIT en lis-je bien mes oreilles ? Mon cœur s’expulse hors de ma cage thoracique. Quelqu’un a bien aimé ma soupe ! Sacralors ! Inutile de vous préciser dans quel état de fébrilitarité extrême je me trouvais à ce moment là. Je transfère le mail à ma femme et m’empresse de donner une réponse, parce que hâte-toi facteur, la publication n’attend point.

Bonjour cher d’Artagnan,

Je vous avoue que je m’attendais à un énième refus préformaté (je les collectionne sur un joli tableau en liège, c’est un peu ma vanité à moi), je suis par conséquent agréablement surpris – merci en tout cas d’avoir pris le temps de lire mon machin.

Pour vous répondre de manière très simple :

– Je n’ai pas encore eu l’opportunité de signer dans une maison d’édition (cf le tableau en liège), Desperado est donc libre comme l’air.

– Pas de problème pour la biographie, vous la trouverez en pièce-jointe. Est-ce que ça vous convient ?

Tant mieux si le livre vous a plu, tout le plaisir est pour moi. J’attends donc de vos nouvelles.

Très bonne journée à vous,

Alejandro del Blanco.

Dès lors, je ne vis plus, je ne mange plus, je rafraîchis ma boite mail cinq cents fois par jour, je songe même à faire un sitting devant la maison d’édition armé d’une tente Quechua et d’un régiment de boîtes de cassoulet. Deux mois s’écoulent dans le silence radio le plus absolu, en janvier je n’en puis plus, je tente un sale coup de bluff en prétextant qu’une autre maison d’édition se montre fort intéressée par ma superbe prose :

Bonjour d’Artagnan,

Je viens aux nouvelles, avez-vous un retour concernant mon manuscrit ? J’ai poursuivi de mon côté la grande tournée des éditeurs et je viens de recevoir une nouvelle réponse positive, néanmoins je voulais d’abord savoir ce qu’il en était de votre côté.

Merci pour votre temps,

Alejandro del Blanco.

Réponse fin janvier – vu le délai, on se doute un peu que ça sent le cramé.

Bonjour Monsieur Leblanc,

J’ai effectivement eu un retour de Richelieu qui comme moi a apprécié votre manuscrit. Malheureusement, votre texte n’est pas “grand public” et ne s’inscrit pas dans notre ligne éditoriale.

Nous avons donc décidé de ne pas le publier malgré sa qualité.

Nous vous remercions de l’avoir confié aux Editions de l’épée et vous souhaitons de trouver l’éditeur qui saura porter ce texte.

Bien cordialement.

D’Artagnan

Le gif suivant est vu et archi-revu, mais il exprime bien ma réaction sur le coup :

Comme quoi, le célèbre proverbe “On ne vend pas la peau de la licorne avant de l’avoir dépecée” se vérifie ici une fois encore.

Bon bon bon. Retour à la case départ. Le truc positif dans tout ça, c’est qu’on a quand même apprécié mon gros bouquin, et ça c’est chouette – je préfère voir le verre à moitié plein.

Mais que va deviendre Desperado ?

Cher lecteur, voilà une excellente question. Pour tout vous dire, il vient d’échouer il y a peu sur les rivages d’Amazon parmi un tohu-bohu d’autres bouquins auto-édités ; noyé dans une masse faramineuse de purin où surnagent quelques pépites et tout un tas de célébrités littéraires, je ne m’attends pas vraiment à ce qu’il fasse des étincelles, on verra. Cette publication sur Amazon mérite en tout cas un billet annexe, donc je réserve mes petites cartouches de rigolerie pour plus tard.

Dans tous les cas je vais m’arrêter ici avec Desperado, je ne compte pas m’acharner à le faire publier chez un éditeur, un vrai, tant pis pour lui. Il faut le voir pour ce qu’il est : un galon d’essai. Rien d’autre. Aujourd’hui, le plan, c’est d’embrayer sur d’autres projets et de tenter ma chance avec eux. On verra bien ce que ça donnera.

Qui sait, on n’est pas à l’abri d’une bonne surprise.