Ouais ouais, je sais ce que vous vous dites : « encore un billet d’un énième looser qui ne parvient pas à se faire publier et qui vient chouiner à propos des vilaines maisons d’édition qui dédaignent son fabuleux talent ».

Eh bien, mesdames et messieurs, au risque de vous surprendre, je dis « non ». Non, je ne vais pas chouiner ou déverser ma bile sur ce fabuleux monde qu’est l’édition. Je ne vais pas non plus pleurer sur mon triste sort, ni dénoncer un quelconque complot judéo-maçonnique qui m’empêcherait de côtoyer Musso et Levy dans les étagères à l’entrée de toute bonne librairie / grande surface / [insérez ici un magasin prétendument culturel type Fnac]. Si j’écris ma petite bafouille, c’est d’abord parce que j’en ai envie (ce qui est déjà à mon sens une excellente raison) – après tout, je suis le taulier, j’écris ce que je veux okay – plus sérieusement, je trouvais amusant de faire un point sur les retours et les réponses reçues après, aujourd’hui, plus d’un an après le début de cette folle aventure.

Pitié monsieur, publiez-moiiii, s’il-vous-pléééé

Avant qu’on ne me fasse chier sur la chose, je tiens d’abord à préciser que l’édition n’a jamais représenté le but ultime – pour moi hein, s’entend. Je l’ai dit ailleurs je crois, je le redirai sans doute, mais si j’écris, c’est avant tout parce que ça me fait plaisir. Je ne me suis jamais dit, à aucun instant, « putain Bobby, il faut que tu sois publié chez Gallimard, il le faut, il en va de ta vie » (bon d’accord, j’ai à moitié menti, quand j’étais petit je voulais devenir écrivain et être publié dans une grosse maison d’édition, comme à peu près tous les gamins qui écrivent d’ailleurs, mais ça, ça ne compte pas). Si je me mets devant mon PC pour écrire laborieusement avec mes dix petits doigts, c’est parce que, oui, vous allez voir, c’est très con, mais ça me rend heureux. Même si c’est parfois chiant. Même si c’est pour écrire deux phrases en deux heures. Même si j’ai envie de jeter mon écran par la fenêtre. Ecrire me donne du plaisir et j’y trouve mon compte comme ça.

Le lecteur avisé me demandera, à ce stade du billet, « mais pourquoi diable alors te fais-tu chier avec les maisons d’édition ? ». Mais pour le sport pardi ! Parce qu’il y a ce type au fond de moi, un peu taquin, un peu joueur, qui avait envie de voir à quoi ça ressemble, le parcours du combattant de l’édition (à dire vrai, c’est plus qu’un parcours du combattant, c’est Verdun), de voir s’il avait sa chance lui aussi, si le bouquin qu’il avait pondu n’était pas trop moisi, et puis il y a également le rêveur, cette espèce d’halluciné anxiogène qui caresse le fol espoir d’être publié un jour, Anvers et marées toutes. Ouais, un test. Voilà comment j’ai envisagé la chose. Ce qui explique certainement pourquoi je n’y mets pas plus de cœur que ça, pourquoi je ne suis pas très assidu pour relancer les éditeurs ni savoir où en sont mes manuscrits. Bon attention, je les ai pas balancés en mode yolo, j’ai bien fais mes devoirs : j’ai sélectionné avec soin les maisons d’édition qui me paraissaient correspondre au genre de mon bouquin et j’ai veillé à soigner ma présentation et tout le bataclan, ouais, j’ai tout fais comme un grand. Au total, j’ai fait une vingtaine d’éditeurs, en mode numérique only, parce que je suis un gros radin et parce que je n’avais pas envie de débourser une fortune en tirages papier pour sonder les éditeurs. J’ai eu quelques réponses depuis le temps, certaines en mode « on a pas le temps dude, on s’en balek » (ce que je comprends tout à fait), d’autres un peu plus personnalisées et encourageantes. Et puis certaines maisons ne m’ont carrément pas répondu (là aussi, normal). Ils doivent crouler sous les manuscrits les pauvres. Je voudrais pas être à leur place, à lire toutes nos conneries, les yeux vissés sur leurs écrans d’ordinateur.

Comme je ne suis pas raciste, ni misogyne, je vais vous en mettre de toutes sortes, des réponses-type et des réponses personnalisées, voilà, comme ça, pas de jaloux. Prêt ? Go.

Gang-bang des réponses d’éditeurs, volume 1

Bonjour,

Nous avons bien reçu votre message et vous en remercions. Nous avons bien transmis votre message au service éditorial concerné.

En vous remerciant bien vivement pour l’intérêt que vous portez à notre société et en vous souhaitant bonne continuation dans votre démarche.

Bien cordialement,

L’Équipe Préludes.

Alors, si c’est pas encourageant ça, hein ? C’est de la balle ouais ! Pour sûr Bobby, dans quinze jours ils t’appellent et on va te publier, tu vas l’avoir ton gros Desperado à côté de Fifty Shades of Grey !

Non, je déconne. Ça, ça veut juste dire que Préludes a bien reçu mon torchon. Non mesdames et messieurs, je ne m’emballe pas pour rien. Enfin presque.

Cher monsieur,

Votre manuscrit Desperado a retenu toute notre attention. Malgré son indéniable qualité, nous ne sommes pas en mesure de le publier à ce jour.

Néanmoins, nous serions ravis de continuer à vous suivre. Si vous choisissez de publier votre ouvrage en autoédition numérique via notre partenaire Librinova (www.librinova.com), vous pourrez créer et commercialiser votre livre en version numérique et ainsi le tester auprès d’un large public. En vous recommandant de nous grâce au code FLEUVE15 (à déclarer au moment du paiement sur www.librinova.com), nous pourrons ainsi être informés de l’accueil de votre livre par les lecteurs et de vos éventuels futurs projets.

Ce code vous permettra également de bénéficier gracieusement chez Librinova du service Premium Auteur de suivi quotidien des ventes.

Vous souhaitant plein succès dans vos projets de publication,

Bien cordialement,

L’équipe éditoriale de Fleuve Editions

Pow là là ! « Votre manuscrit a retenu toute notre attention » ! Indéniable qualité ! Ça veut tout dire ! Je vais me faire pub… Hein, quoi ? Comment ça ils sont pas en mesure de le publier ?

Respect à Fleuve pour cette belle lettre-type qui ne froisse personne – après tout, il faudrait pas décourager les auteurs, hein ? Non, vraiment, chapeau, c’est fin, c’est malin, comme le Planta Fin. Et puis le coup du code promo pour l’auto-édition, ça c’est bien vu, on sent le service de webmarketing qui a trouvé LA solution pour rentabiliser ces tas de manuscrits inintéressants ou écrits avec les pieds, va bien y avoir quelques pigeo… intéressés sur le lot pour tenter leur chance. Je déconne Fleuve. Ne m’en veut pas. Pitié.

Bonjour,

nous avons bien reçu votre mail et le traiterons avec attention.

Pour les soumissions de manuscrit, si votre mail respecte nos conditions visibles sur notre site, une réponse personnalisée vous parviendra. Sinon, il ne sera pas pris en compte.

Cordialement,

Editions Boz’Dodor

Bon, pas eu de réponse pour celui-là, faut croire qu’un truc m’a échappé pendant la soumission. Pourtant je m’étais fait chier exprès à tout remettre en forme mon manuscrit pour chacune des maisons, avec des petits dossiers bien rangés sur mon PC pour facilement retrouver mes petits. Faut croire que c’était pas assez bien. Too bad:/

Cher Auteur,
Votre manuscrit a bien été reçu au sein du comité de lecture des Éditions Underground, nous vous remercions de votre confiance.
Nous faisons notre possible pour écourter votre attente, cependant notre délai actuel de réponse est estimé entre 1 à 6 mois. Merci pour votre patience.
L’équipe des Éditions Underground

Là faut lire entre les lignes, les mecs t’annoncent direct que ça va prendre six mois et plus au bas mot. Faut pas être pressé quand on veut se faire éditer les gars. Be patience. Faudrait que je les relance à l’occasion, leur site est joli, ça inspire confiance.

Edit 17/07/2018 :

Ah bah tiens, j’ai finalement eu une réponse :

Cher Monsieur,

Je vous remercie de nous avoir fait parvenir votre tapuscrit intitulé

« Desperado »

Malgré son intérêt, ce texte ne nous paraît malheureusement pas pouvoir entrer dans notre programme de publication à venir.

En vous souhaitant de trouver rapidement un éditeur enthousiaste, je vous prie de croire, cher Monsieur, en l’assurance de mes sentiments distingués.

Service des manuscrits

Pour le prochain j’ai fait une bourde, j’ai pas vu que la boîte était en Belgique. Mais bon trop tard, mon bidule était d’ors et déjà envoyé comme une bouteille dans la Mer Morte :

Bonjour,

Merci pour la soumission de votre manuscrit, nous allons le lire et revenir vers vous dès que possible.
Bien à vous
Philippe
Séma Editions

Ça c’est pour la confirmation. Et puis après quelques temps…

Bonjour,

Je reviens vers vous concernant la soumission de votre manuscrit. Notre directeur de collection s’est penché sur les textes reçus dernièrement, et nous avons malheureusement décidé de ne pas sélectionner votre manuscrit.
En effet, les premières pages ne permettent ni de s’identifier aux personnages ni de savoir vers où on va. Ce genre nécessite ces points, et il faut aussi que le texte soit directement plus percutant, prendre davantage aux tripes.
Nous vous souhaitons de bonnes recherches

Bien à vous

Bon là, j’avoue avoir été décontenancé. Je pense que j’aurais préféré qu’il me dise que mon manuscrit était merdique (chacun son avis après tout, je respecte). Mais là, j’ai eu le sentiment d’un léger foutage de gueule. On ne s’identifie pas aux personnages dès les premières pages ? Ben c’est p’têt que c’est pas instantané comme sentiment, que c’est éminemment subjectif, que ça prend plus ou moins de temps selon tel ou tel individu. On ne sait pas où on va ? Certes, sans doute, mais c’est parce que c’est le début aussi peut-être, je vais pas directement livrer les clefs du camion. Le texte n’est pas assez percutant ? Ah ben bordel, vu la scène d’ouverture, je vois difficilement comment faire autrement. Découper une petite fille à la tronçonneuse ? C’est assez percutant ça, monsieur ?

Je suis un connard aigri ? Oui, c’est vrai. Mea culpa.

Sur une note plus rigolote, parfois, on se sort « comeme » les doigts du cul et on relance les éditeurs pour qu’ils daignent bien lire notre truc. Du coup j’ai envoyé ça (éditions Mnemos) :

Bonjour madame,

Je viens à la pêche aux nouvelles ; je vous avais envoyé un manuscrit il y a un peu plus de cinq mois et je n’ai pas encore eu de réponse. J’imagine bien que vous croulez sous les manuscrits et les demandes (pardon pour cette intrusion intempestive dans votre boîte mail d’ailleurs), mais mon petit cœur souffre de votre absence, alors ni une ni deux, je vous relance (une rime de qualité qui mérite une réponse, assurément !).

Merci pour votre temps en tout cas, et très bonne journée à vous,

Alexandre Leblanc.

Oui, oui, je sais, le « merci pour votre temps » et le « très bonne journée » ça fait bien lèche-botte, mais que voulez-vous, je suis petit, je veux me faire publier, alors je rampe. J’avoue également que la relance était décalée, voire un peu osée, mais au diable toutes ces politesses de fricotins, pas l’temps d’niaiser.

La réponse était décevante tout de même. Trop de travail j’imagine (sans rire cette fois), personnellement, je ferais comme elle, je ne me ferais pas chier :

Bonjour,

Nous avons pris du retard à cause du nombre croissant de manuscrits que nous recevons. Il faudrait nous relancer dans 2 mois.

Bien cordialement,
Shania Touaine
Editions Mnemos

On poursuit notre tournée des grands ducs, les Presses de la Cité maintenant :

Bonjour Alexandre LEBLANC,
Nous avons examiné avec attention votre manuscrit “Desperado”.

Malheureusement, celui-ci ne correspond pas aux orientations actuelles de nos collections.
Nous vous souhaitons de trouver un éditeur plus à même de publier votre ouvrage.

Si vous cherchez à partager vos écrits, faire lire votre texte à d’autres lecteurs, recueillir de nouveaux avis, nous vous suggérons de contacter notre partenaire IggyBook qui propose des services dédiés aux auteurs.
Suivez ce lien pour recevoir un accueil personnalisé.

Veuillez agréer nos salutations distinguées.

Le comité de lecture
Editions Presses de la cité
www.pressesdelacite.com

Blabla, refus, code promo. Too bad:/ Bon, next.

Pour le prochain, ça sent encore la lettre-type, mais j’avoue avoir eu le doute :

Monsieur,

Nous avons bien pris connaissance du manuscrit DESPERADO, que vous nous avez proposé de regarder le 12 Mars 2017 et nous vous remercions de la confiance que vous nous avez accordés. Nous avons étudié attentivement votre œuvre qui n’a su faire l’unanimité de notre comité de lecture.

Votre manuscrit a toutes les qualités pour être une bonne histoire, cependant, nous ne pouvons accepter votre texte dans notre catalogue.

Nous vous remercions encore une fois et nous vous souhaitons une bonne continuation dans votre recherche éditoriale.

Cordialement,

Jean-Edouard de la Moulinette – Éditions Plume Blanche

Next, il s’agit des éditions Nouvelles Plumes :

Votre livre Desperado a été refusé
Les explications
Merci pour nous avoir soumis un autre manuscrit. Nous recevons énormément d’ouvrages et sommes contraints de tous les trier avant de les soumettre au comité.
Dans votre cas, votre nouveau livre a été refusé pour la/les raison/s suivante/s :
Ecriture à retravailler (style ne permettant pas au lecteur de réellement rentrer dans l’histoire des personnages).

Bien cordialement.

Je me fais sûrement des films, mais j’imagine surtout qu’au vu de la masse de manuscrits qu’ils reçoivent, mon machin a été lu en diagonale pendant cinq minutes avant qu’il ne rejoigne malencontreusement la pile des loosers. Cela dit, je peux comprendre que le style n’ait pas plu, il en faut pour tous les goûts. J’espère juste que le ou la type qui a scribouillé cette justification n’est pas un nazi féru des romans néo-moderne à la première personne.

« Petite » maison d’éditions maintenant, avec une critique plus constructive. Ça, j’aime, je veux en manger plus souvent :

Bonjour,

Merci pour l’envoi de votre manuscrit mais je ne pense pas le publier.

Bien que le texte soit prenant par son aspect “western moderne”, il m’a paru manquer un peu d’originalité au niveau de l’écriture (en particulier dans les nombreux dialogues) et je n’ai pas suffisamment accroché à l’ensemble pour envisager une publication.

Le texte a des qualités en terme de narration en tout cas ; si vous écrivez des nouvelles par ailleurs, n’hésitez pas à nous les proposer pour notre revue L’Ampoule.

Bonne chance pour la suite.

Cordialement,

Hugues Hogan

En un mot, merci Hugues, pas seulement pour les compliments, mais surtout pour avoir ENFIN des retours concrets et des pistes d’amélioration. Et comme je sais que toutes les maisons d’édition croulent sous les soumissions, ça fait d’autant plus plaisir d’avoir une réponse circonstanciée : quand j’ai ouvert le mail, je me suis juste dit « Enfin un type qui prend deux minutes de son temps pour préciser ce qu’il a aimé / pas aimé dans Desperado ». Presque la larme à l’œil. Je vous jure. Non, vraiment, ça m’a fait plaisir. Et dire que je n’ai même pas répondu. Il faut que je m’y colle.

Au tour du Bélial, une réponse qui m’a fait plaisir aussi, mais pour d’autres raisons :

Bonjour,

Nous vous remercions de l’attention que vous portez aux éditions du Bélial’. Je suis cependant au regret de vous informer que votre roman intitulé Desperado n’a pas été retenu pour publication.
En effet, votre roman ne correspond malheureusement pas à ce que nous souhaitons publier en ce moment.

En vous remerciant pour votre confiance, nous vous prions d’accepter l’expression de nos sincères salutations.

Bien cordialement,
Bianca Castafiore

Net, propre et sans bavure : mon bouquin ne correspond tout simplement pas à leurs critères. Pas de « malgré ses putains de qualité » ou de « c’est vraiment regrettable, vous êtes awesome, mais… », Bianca va droit au but sans chichis. J’aime cet état d’esprit. Merci Bianca.

Allez, un dernier pour la route, ce billet commence à prendre l’allure d’un pavé de trois kilomètres (et je ne voudrais pas vous assommer avec mes bêtises redondantes) :

Bonjour,

Nous vous remercions de nous avoir confié votre manuscrit. Nous ne pourrons toutefois pas le publier.

Nous aimons les romans policiers ancré dans le réel avec une touche sociale. Il y a des choses qui nous ont plu dans votre texte (à commencer par le comportement de la gamine au volant), mais votre roman est très éloigné de notre univers habituel.

Nous vous souhaitons donc bonne chance avec des éditeurs aux univers plus proches du vôtre.
Cordialement.

Yves Cousteau
Les éditions du Lamantin

Mauvaise cible encore une fois, mon truc ne rentre pas dans leurs critères d’édition. Cela dit j’ai apprécié la réponse personnalisée, et puis il y a un compliment dedans, ça fait toujours du bien à l’ego et te conforte dans le fait que ce que t’as écrit, ben c’est pas SI moisi. Si si, moi je le prends comme ça. Aaah, ces fragiles d’auteurs, toujours à se plaindre, toujours à douter d’eux-mêmes. Que voulez-vous, on est pas des machines.

Allez promis, je vais essayer d’être plus assidu dans ma bataille acharnée de la publication – même si ça mène nulle part, au moins aurons-nous un deuxième billet plein de FUN. N’est-ce pas là l’essentiel ?