Cela s’était passé très vite.

Et ce fut terrible.

Un jour comme les autres, nos scientifiques affirmèrent avoir fait une incroyable découverte, prétendant avoir capté des signaux étranges émanant de gigantesques structures aux confins de notre système solaire. Bien entendu, tout le monde était très curieux et suivait avec avidité l’évolution de ces actualités pour le moins extraordinaires. Certains se laissent aller à des suppositions hasardeuses, comme quoi il s’agissait d’une meute de comètes allant s’écraser sur notre planète, d’autres pensaient que ce n’était que les radars qui étaient détraqués, ou encore qu’il s’agissait d’extraterrestres qui allaient venir nous rendre visite.

Et finalement, ce sont ces-derniers qui avaient raisons.

Depuis le temps que nous étions à la recherche de la vie ! Nous avions déployés de gigantesques tours de communication dans l’espoir de capter une bribe de conversation dans l’espace, envoyés plusieurs sondes porteuses d’inscriptions révélant l’endroit où nous nous trouvions, mais jamais personne n’a daigné nous répondre. Et voilà qu’un matin, de curieux vaisseaux pénétrent dans notre atmosphère, au grand émerveillement, parfois terreur, des habitants de la planète entière.

Et les grands vaisseaux sont restés en stationnement au-dessus de nos têtes, sans la moindre action, et ce, plusieurs jours durant. Bien entendu, les différents gouvernements ont tentés de leur envoyer des messages, sans grand succès, et nous commencions vraiment à être inquiets.

C’est par un soir que ça a commencé.

Tandis que les gens dormaient, des explosions commencèrent à retentir, partout, et bien entendu j’ai accouru au-dehors pour tenter de comprendre ce qu’il se passait. Les gens couraient dans les rues, le regard aussi incompréhensif que moi, tandis que des rayons striaient le ciel qui d’ailleurs commençait à se teinter d’une étrange couleur rougeâtre.

Et l’apocalypse commença…

Les villes furent complètement rasées. Ceux qui habitaient à la campagne purent dans un premier temps s’échapper, tandis que les médias qui émettaient pour la dernière fois nous parlaient d’une attaque massive des aliens. Ce fut alors l’exode : les gens abandonnaient leurs maisons pour se réfugier au cœur de la nature, fuyant nos conquérants, luttant parfois contre leurs propres frères pour survivre.

N’ayant pas d’attaches, il fut plus aisé pour moi de tout abandonner, et d’assister, silencieux, à la chute de ma civilisation. Alors même que nous étions impuissants, nous nous jurâmes malgré tout de lutter. Nous ne pouvions pas mourir sans opposer de résistance !

Tandis que les dernières villes devenaient champs de ruines, les survivants se regroupèrent dans la nature, des cavernes, des marécages, et nous dressâmes des campements de fortune tout en nous posant la question fatale : pourquoi tout ça ? Les réfugiés commençaient à affluer de tout part, les orphelins se comptaient par milliers, tout comme les veuves et les veufs, ceux qui avaient tout perdu, ou les traumatisés du massacre indicible. Quant à nous, ceux qui avaient la haine et l’envie de vengeance, nous prîmes les armes et formâmes le mouvement de Résistance contre l’oppresseur.

Les temps furent très durs au début : rationnement de nourriture, abandon des plus faibles sur place lorsqu’il fallait bouger, pertes innombrables lors d’escarmouches… Nous dûmes mettre au point de nouvelles techniques de communication également, les extraterrestres interceptant les « basiques » et nous localisant sans la moindre difficulté.

Nous n’avons jamais vu en chair et en os nos oppresseurs. Lorsqu’ils quittaient leurs vaisseaux, c’était toujours à bord de grands robots de combat, d’une dizaine de mètres de hauteur un peu près, et c’était toujours contre ces êtres de métal que l’on luttait… On finissait par croire qu’il s’agissait d’êtres synthétiques, mais on avait tord.

Un soir, on a enfin réussi à remporter notre première bataille en piégeant l’un de ces monstres tandis qu’il marchait seul en bordure d’une forêt. Nos tirs de roquettes avaient fini par avoir raison de sa protection cinétique et il s’écroula à terre en flambant. On a tous poussé des cris de joie, pensez : on pouvait les terrasser ! Et tandis qu’on s’approchait, curieux, du cockpit, celui-ci s’ouvrit, dégageant des volutes de fumée…

Un étrange être de grande taille, à la stature frêle, presque squelettique, en sortit. Il portait une espèce de combinaison noire et il s’écroula presque immédiatement après avoir touché terre. Quand on vit la vraie apparence de la chose, après que l’un de nos gars lui eut ôté son casque, on a tous frémit d’horreur…

La chose était constituée ainsi : un tronc central où étaient rangés les organes vitaux, et quatre longs appendices qui lui servaient de pattes se trouvaient respectivement en bas du tronc, et à gauche et à droite. Visiblement, les deux tubes du bas lui servaient à se mouvoir, tandis que ses membres supérieurs devaient certainement lui servir à se saisir d’objets. En haut du tronc se trouvait une cinquième excroissance, circulaire de forme et de couleur caoutchouteuse ; on pouvait y distinguer plusieurs orifices, dont des globes oculaires et des naseaux. Bref, un parfait monstre de la nature dans nos standards morphologiques.

Tandis que nos toubibs se chargeaient de disséquer la chose venue du fin fond de l’espace, on a ramené le robot à la base pour le rafistoler, en espérant pouvoir comprendre la technologie dont il était fait et surtout, l’utiliser plus tard dans des escarmouches. Ce ne fut pas facile de réparer la machine, mais au bout de quelques mois d’efforts, on y parvint. Son utilisation fut grandement rentabilisée puisqu’on a piégé trois autres aliens ainsi, récupérant au passage les machines.

Mais la guerre tournait mal. Chaque semaines, on avait des nouvelles effrayantes de partout à travers le monde, nous disant que telle base avait été annihilée. Bien que nos connaissances de la technologie alien progressaient, on ne pouvait rien faire face à un déploiement en force de leurs unités. Sans compter que l’on assistait à un spectacle étrange d’allers et venues de vaisseaux gigantesques ; on comprit bientôt qu’il y avait un lien avec la multiplication des forages aliens dans la nature. Ces choses étaient venues nous exterminer et dépouiller notre planète de ses ressources…

La guérilla continua cependant, nous refusant de nous avouer vaincus. On porta très vite nos efforts sur la destruction des installations de forage ennemies ; parfois, on récupérait l’une de leurs bombes de destruction massive et on la faisait exploser sur leurs citadelles. L’une de nos opérations les plus audacieuses fut l’envoie d’un commando dans l’un de leurs vaisseaux-mères, où l’on plaça l’une de ces bombes précisément. En résulta un joyeux boum : on en a fait des confettis, de leur foutu vaisseau.

Chaque fois qu’ils répliquaient en bousillant l’une de nos bases, on faisait exploser l’une des leurs installations. Ce petit manège dura plusieurs années, et je crois qu’on a finit par les mettre à bout…

Un beau jour, ils sont partis. Oui, partis. Ils ont tout quitté en laissant leurs bâtisses à l’abandon. Ce fut d’abord un grand cri de joie ; on a bien crû qu’on avait gagné ! La fête tourna vite cours, car au bout de quelques jours, ils étaient revenus, dans leurs vaisseaux là-haut dans le ciel. Ils étaient encore plus nombreux qu’à l’ordinaire, et… ils ont tiré, comme la première fois.

Ils n’ont pas cessé de tirer.

Toute la journée, et puis, toute la semaine.

Les forêts se sont embrasées, les montagnes ont été pulvérisées, les océans commençaient à bouillir…

On a vite su qu’ils ne s’arrêteraient pas ; voilà leur ultime vengeance, transformer notre monde en brasier géant.

Ainsi s’achève notre histoire. Ainsi s’achève notre civilisation. A l’heure où j’envoie ces ondes par radio, j’espère qu’une autre race intelligente pourra capter mon message :

« Amis de l’espace, faites attention, car dans leur soif insatiable de conquêtes, les Hommes pourraient bien dévaster votre planète… »