Ah, elle ne paye pas de mine, cette petite planète grisâtre. Son sol rocailleux fait peine à voir, où pas la moindre once d’herbe ne pousse. Un grand amas de cailloux et de rochers, partout, érodés par des vents brutaux et des volcans monstrueux, crachant leurs entrailles dégoulinantes à même le sol.

Le ciel est désespérément gris, tout comme les rochers qui peuplent le sol. Un gris de charbon, parfois nuancé par l’éclat de quelques météorites striant le ciel. Ces visiteuses de l’espace s’échouent finalement dans un océan épais et bouillant, opaque, balayé par des remous incessants.

Rien ne laisse penser que cette planète ait quoi que ce soit d’intéressant.

Et pourtant.

Dans cet océan infernal gesticule la vie. Oh, pas la vie pluricellulaire telle que nous la connaissons. Des bribes de vie, nées elles-même d’un long processus qui s’est amorcé des centaines de millions d’années plus tôt.

Une vie primitive, dénuée de toute ambition et de toute gloire.

Une vie qui se contente de barboter dans la soupe primordiale.

L’un de ces organismes attire bien vite notre attention. Cet étrange être, si minuscule, dont l’aspect rappelle vaguement une bactérie, nage paisiblement avec ses congénères. Oh, ils ne sont pas bien nombreux ; notre ami lointain partage son habitat aquatique avec une infinité d’autres molécules organiques complexes, ne cessant de se former et de se dissolver dans la soupe.

Mais LUCA-876 – car c’est ainsi que s’appelle notre héros – dispose d’une arme redoutable contre ce fatras de molécules : le clonage.

Il avait suffit de ce processus aussi « simple » pour que tout soit chamboulé.

La technique n’était pas vraiment au point. Les copies n’étaient pas toujours parfaites. Ce n’était d’ailleurs pas du clonage puisque LUCA-876 influait sur les processus chimiques de son entourage pour se créer une copie. Mais le petit organisme sentait que lui et ses congénères tenaient ici le secret de la conquête de la planète.

Bien entendu, la tribu de LUCA n’avait pas conscience de souffrir de l’extension infinie. Ils se contentaient de se copier, se copier et se recopier, apprenant peu à peu à perfectionner leur technique, tandis que les autres molécules se trouvèrent bien vite débordées.

Le temps fit son œuvre.

Les descendants de LUCA-876 avaient gagné en complexité et leur technique de reproduction était maintenant maîtrisée sur le bout des doigts. Aussi étonnant que celui puisse paraître, les autres molécules n’avaient même pas eu l’idée de faire de même. Ou peut-être qu’elles ne le pouvaient pas, tout simplement. C’est une énigme qui a disparue dans leurs tombes.

Quoiqu’il en soit, la tribu des LUCA s’en fichait pas mal. Ils étaient maintenant des billions de billions à peupler les océans, se clonant sans cesse. De toutes façons, pourquoi s’arrêter maintenant alors qu’ils étaient si bien partis ? Autant continuer, voir jusqu’où pouvaient-ils aller.

Alors LUCA continua son chemin.

Tant et si bien que toutes les autres molécules finirent par disparaître totalement. Ce jour-là, le jour où la dernière des molécules s’éclipsa, LUCA venait de remporter une guerre menée depuis des millions d’années. Quel autre être vivant pourrait établir un record aussi impressionnant ?

Par le clonage et la conquête microscopique de la planète, ce brave LUCA venait de déterminer le futur et le destin entier de la Terre. Rien que ça.

Le temps fit son œuvre, encore une fois ; les descendants de LUCA devinrent de plus en plus complexes, se transformant en végétal et autres animaux minuscules.

Jusqu’à peupler la terre et y régner.

De catastrophes planétaires en changements climatiques, les descendants de LUCA durent s’adapter sans cesse, évoluer, se reproduire.

Jusqu’à ce qu’un beau jour, un primate descendant d’un arbre gagna en intelligence et en technique, et rechercha ses origines énigmatiques. Son nom ? L’Homme, et toutes les réponses devaient forcément se trouver dans ce lointain précurseur.

En attendant de trouver ces réponses, prend garde au courroux de LUCA ami terrien : lorsque tu écrases un moustique, ce n’est pas simplement une bestiole insignifiante que tu tues : c’est un lointain enfant de LUCA, et l’un de tes cousins très éloignés.