C’est dingue comme parfois on passe à côté d’une catastrophe sans que personne ne s’en aperçoive. Tiens, tenez par exemple, la fois où cette belle grande ville de New York (“Bigue Apeule” pour les intimes) a failli se faire rayer de la surface de la terre. Et elle n’était pas la seule concernée, c’est toute la côte est qui aurait pu se faire irradier la gueule de fond en comble, et ça les enfants, je peux vous dire que ça aurait fait un paquet de morts, un Fallout avant l’heure dans les ruines de Washington, goules et Super-Mutants en moins.

Mais comment se fait-ce ! Vous écriez-vous. Fut-ce là le forfait de vils terroristes ?

Triple hélas, non, ce serait trop simple. La vérité est beaucoup plus explosive que ça (oh oh oh) : ce sont les américains eux-mêmes qui ont chié dans la colle et qui, après l’incident, ont magouillé comme ils pouvaient pour dissimuler le truc à leurs concitoyens. J’entends déjà les QAnon et les défenseurs de l’existence des Illuminatis rappliquer pour hurler au complot.

C’est l’histoire d’un bombardier B-52 qui se disloque dans les airs…

Petit saut dans l’histoire, le 23 janvier 1961. Deux bombardiers B-52 décollent d’une base militaire avec, à leur bord, deux bombes H 200 fois plus puissantes que celle d’Hiroshima, eh oui, comeme ! Le truc rigolo, c’est que ces deux nukes n’auraient même pas dû se trouver dans l’appareil. Les américains sont cons (c’est bien connu en France), cependant ils ont des protocoles de sécurité assez clairs sur le sujet, aucun appareil militaire n’est censé survoler le territoire des Etats-Unis avec des bombes fonctionnelles dans leur soute, justement pour éviter le genre d’incident qui va se produire dans quelques minutes. Pourquoi diable les deux bombes H se sont donc trouvées là ? On va dire que c’était une épouvantable erreur… Ou alors ils s’en battent les melons, parce que ce ne sera pas leur seul ballon d’essai dans la catégorie “j’aime jouer avec le feu nucléaire“.

La première bombe, retrouvée sagement accrochée à un arbre.

Bref, peu après avoir décollé, le B-52 se disloque tout bêtement dans les airs (encore un boulon mal serré), et les deux bombes de 4 mégatonnes chacune se retrouvent larguées au-dessus de la Caroline du Nord. Là aussi, nos amis américains ont prévu le coup : ils ont intégré des systèmes de sécurité au cas où une bombe se retrouverait lâchée par erreur dans la nature, quatre plus exactement, afin de parer à toute éventualité. Kevin, le technicien, s’empresse donc d’enclencher le processus de sécurisation pour la première d’entre elle, et ça fonctionne comme sur des roulettes : pof, elle ouvre son parachute et vient délicatement se poser au travers des branches d’un arbre.

Pour l’autre, ça refoule sérieusement du bec. Si elle ouvre bien son parachute comme prévu, la mise à feu s’enclenche toutefois en parallèle, comme pour un largage intentionnel, ce qui veut dire qu’elle va bientôt cramer les millions d’habitants qui se trouvent sur la côte est. Après quelques instants d’extrême tension où les techniciens ont tellement serré les fesses qu’ils ont produit une centaine de litres d’huile d’olive, la bombe heurte le sol et un petit interrupteur s’active enfin pour annuler sa détonation.

Le truc n’est pas vraiment passé inaperçu à l’époque ; forcément, quand on retrouve une nuke dans un champ, ça fait bizarre. Les médias se sont emparé de l’affaire et se sont perdus dans d’intenses spéculations sur les risques nucléaires que le gouvernement faisait peser sur la population. Et là, l’armée de l’air est arrivée en riant très fort, a tapoté sur l’épaule des gens et s’est fendue d’un franc sourire :

“Allons donc les petits amis, vous ne croyez quand même pas que les bombes étaient armées ! Il n’y avait aucun risque ! Security first avant tout !”

Et c’est passé crème, fin de l’histoire… Jusqu’à ce que le document soit déclassifié 60 ans plus tard.

C’est pas mon premier rodéo nucléaire

Le plus triste dans tout ça (so SAD dirait Trump), c’est qu’ils n’en étaient pas à leur premier coup d’essai. En 1958 par exemple, en Caroline du Sud, une bombe nucléaire a été larguée par erreur sur un petit village perdu dans la pampa. Pendant le voyage, un témoin s’est allumé dans le cockpit pour avertir l’équipage d’une défaillance dans le mécanisme de lancement. L’un des types présents à bord a essayé de déterminer d’où ça venait, mais cet empoté a activé le largage de la bombe par erreur, qui a détoné dans le jardin d’une pauvre famille de culs-terreux. Dans leur malheur, la munition radioactive était heureusement stockée à part dans l’avion, autrement quoi ça aurait fait un beau champignon (l’explosion de la charge conventionnelle leur a quand même laissé un beau cratère de 20 mètres de diamètre en souvenir).

Plus récemment, un plongeur canadien a retrouvé au large d’une île de la Colombie Britannique une nuke des années 50, larguée par un bombardier en perdition (décidément, les avions américains ne sont pas fiables) – en réalité la toute première bombe atomique perdue par les Etats-Unis. Le début d’une longue et heureuse série…

Enfin bon, inutile de paniquer. Même si l’on dénombre pour la seule période 1950 / 1968 environ 700 accidents nucléaires significatifs, rien qu’aux states, ces derniers ont heureusement été étouffés maîtrisés de bout en bout par le formidable intellect humain… Mais ceci est une autre histoire.